Samedi 18 mars,  c’est un groupe multiculturel qui file en direction de l’Italie par le col de Larche :

Jean Michel des JDA, Roland du CAF, Lionel, Simon et JPP de l’Alpes club.

Notre objectif est  le refuge Campo Base  près de Chiappera dans le piémont occitan,  où nous arrivons vers 17 h.

Surprise de taille, nous constatons que les  pentes sud sont en herbe jusqu’à 2200 m au moins. Il faut donc reconsidérer tout le programme de randonnées et privilégier les pentes N, NE, et NO. Le refuge est confortable, nous avons une chambre de 8 pour nous 5, les repas sont vraiment élaborés, la bière locale tout à fait correcte.

Dimanche 19: Sur les conseils du gardien, nous partons en voiture en direction des granges Collet. La route de la valle del Maurin étroite et bosselée  est en principe ouverte mais garnie de loin en loin de plaques de neige. Un 4×4 passerait sûrement mais le jumpy , est rapidement arrêté par un amoncellement de glace plus haut que les autres,  nous sommes contraints de terminer à pied.

Nous chaussons les skis dès  le début de l’enneigement et remontons de larges vallons assez raides  mais entrecoupés de replats et rehaussés de gros blocs de rocher. Laissant le raide col de l’Infernetto sur la gauche, un immense plan et de petits vallonnements  nous donnent accès à la pente terminale du col Ciaslaras  inclinée à 30-35 °. Il y a pas mal de randonneurs, la plupart italiens.Nous nous délestons des skis au col pour gagner à pied le sommet du Ciaslaras à 3047 m après 1100m de dénivelé. Il n’y a pas un souffle de vent, le soleil nous abrutit de sa chaleur, la pause  casse croûte  se prolonge par un épisode de farniente , en admirant ça et là les différentes équipes qui gravissent les couloirs en face de nous. Au loin le Brec de Chambeyron dresse ses impressionnantes tours de calcaire.

La descente se fait sur une neige de printemps  sur la moitié du parcours avant de se transformer en pataugeoire. Au refuge,  les grandes bouteilles de bière artisanale nous récompensent  de notre effort.

Lundi 20 : Petit déjeuner à 8h puis nous reprenons la voiture pour descendre à Saretto. Nous chaussons les skis au parking et commençons par suivre un chemin damé qui monte dans la forêt. Suivent des pentes en neige molle habillées de taillis clairsemés  et de rochers affleurant. Puis de ressaut en ressaut on accède au dernier cirque. Des vallons secondaires s’ouvrent un peu partout dominés d’aiguilles  de calcaires grises et ocres illuminées par le soleil levant, des chamois patrouillent sur les hauteurs , c’est magique. L’accès au col de Sautron est un peu acrobatique pour passer la corniche ; on y laisse Jean Michel et on continue jusqu’au mont Viraysse 2838 m. Lionel , Simon et moi descendons directement du sommet par un couloir nord évident à 35°/40° pendant que Roland rejoint Jean Mi sur la voie normale. En choisissant judicieusement les pentes, on bénéficie d’une neige correcte semi transformée, le bas étant partiellement damé. 1254m de D+.

Mardi 21 : Le beau temps se maintient, et nous décidons cette fois de partir de Pratorotondo un peu après  Chialvetta,  pour le Monte Cassorso 2774 m. Nous garons la voiture à l’entrée du hameau, et  commençons à avancer  dans un brouillard intermittent en direction d’une dépression dans la forêt peu évidente, puis en consultant mon GPS , je crois utile de tirer beaucoup plus à droite. Erreur fatale : une heure plus tard il faut se rendre à l’évidence, nous  ne sommes pas sur l’itinéraire prévu. Qu’à cela ne tienne,  il y a d’innombrables  possibilités  de randonnées dans le secteur et nous changeons facilement d’objectif. Nous rejoignons donc les  granges  Calandra  et enfilons le vallon du col de la Gardetta que nous quittons presque aussitôt, pour gravir en rive droite les pentes montant au Bric Cassin. Le ciel bleu et le soleil finissent par apparaitre vers 2000m. Le Bric Cassin à 2636m s’atteint par la croupe Sud Est débonnaire qui vient buter sur un igloo construit au sommet. Pas mal de monde,  de toutes les nationalités, français, suisse, italiens, allemands. Nous pouvons contempler la face nord du Monte Cassorso que nous avons loupé mais ne regrettons rien car elle à l’air assez vertigineuse. Simon,  Lio et moi redescendons par la face sud dont les pentes à 35° rejoignent directement l’itinéraire de montée du col de la Gardette. La moitié du parcours est en moquette à poil court, mais sous la barre des 2000m la neige est horrible, réussissant à être à la fois molle et croûtée, et rendant quasi impossible le moindre virage. Heureusement,  le chemin de retour est damé par les innombrables randonneurs et nous sauve ainsi la mise. 1000m de D+

Avant de rentrer au refuge, nous visitons le charmant village de Chialvetta ou par le passé nous avions déjà séjourné. Au refuge Campo Base,  la bière artisanale traditionnelle, nous redonne suffisamment d’énergie pour  aller pédestrement visiter le hameau de Chiappera tout proche. Les maisons désertes  et mélancoliques, dominées par l’aiguille de Provence, sont très bien  rénovées dans le style particulier du piémont occitan.

Mercredi 22 : La météo restant stable nous décidons de retourner à Pratorotondo. Le but est de gravir et redescendre la pente issue du vallon suspendu de  la Repiatetta, qui aboutit aux granges Calendra ;  environ 32°d’inclinaison sur 250 m de dénivelé ;  elle  a attiré notre attention la veille. La route enneigée au dessus du hameau-refuge de Vivières nous ramène dans le vallon de la Gardette, où nous gagnons le pied de la grande pente. Là Jean Mi expose son appréhension et propose de nous attendre en bas. Mais la solidarité ne doit pas être qu’un vœu et nous changeons l’itinéraire,  prenant en écharpe par la droite pour rejoindre le chemin du colleto Vittorio 2521m que l’on atteint en 3h. De l’autre coté du col, 150m plus bas le vallon du Monte Oserot nous invite, et pile en face de nous le col Oserot nous tend les bras. L’avantage est de réaliser un circuit,  avec la pente citée plus haut négociée à la descente plutôt qu’à la montée. Aussitôt décidé aussitôt fait et 1h plus tard, après avoir repeauté nous prenons pied sur le col Oserot à 2641m. Entre temps, la température à baissé et le ciel s’est couvert dispensant un début de jour blanc. La neige est tôlée et la traversée pour rejoindre la fameuse pente raide est trafolée. Jean Mi n’en mène pas large, mais finalement la neige est meuble,  la descente n’est pas si compliquée et c’est sans problème que nous rejoignons les voitures.

Nous prenons congé du refuge de Campo Base pour rejoindre par Borgo San Dalmasso et Dronero le refuge Mélèzé 1800m, notre deuxième point de chute.

Jeudi 23 : Il neige et déjà 5 cm couvrent la route et la terrasse du refuge. Le petit déjeuner copieux nous laisse le temps  de définir un objectif  et le départ est donné pour le col de Vers 2862 m entre la Cime Sebolet et Rocca la Marquisa. Un groupe de suisses est parti avant nous. Ils ont déjà fait la rando la veille et ils reprennent  leur trace. La hauteur de neige fraiche augmente rapidement  et le blizzard aussi. On ne voit pratiquement rien. Nous suivons malaisément une route de montagne escarpée dans de la neige humide et collante sur un fond gelé. On aboutit ainsi à un plan  en plein brouillard sur lequel on se dirige en suivant la trace de nos prédécesseurs et de temps à autre en  vérifiant  la position sur le GPS. Tout ceci nous conduit par des combes profondes et des croupes escarpées à l’altitude de  2650 m. Le plafond se lève un peu, les suisses sur la gauche gravissent un couloir sans nom qui donne accès à la pointe de la Marquisa. Nous sommes à 200m du col de Vers quand les éléments se déchainent à nouveau, tempête de neige et vent de face. D’un commun accord nous décidons d’en rester là. Dans la descente, prudente, nous croisons deux guides français qui nous prédisent le beau temps dans une demi-heure. Impressionnés par une telle compétence et expérience nous faisons une pause à l’abri d’une cabane attendant l’éclaircie. Trois quart d’heure passent, le mauvais temps se renforce, les deux guides nous redoublent. A nos questions respectueuses sur l’évolution du temps, ils répliquent qu’ici c’est le Piémont et qu’ils sont plutôt spécialistes du Queyras …..

De retour au refuge, la vieille garde se repose pendant que les jeunes quadras insatiables retournent conquérir un sommet dans la tempête.

Vendredi 24 : Hier soir la météo était toujours très pessimiste, mais poussés par Simon et Lio qui l’ont fait hier, nous décidons de tenter un petit sommet le Bric Rutund 2500m antécime du Bric Camosciera (700m de D+), puis de rentrer directement sur Grenoble. Le parcours  se fait intégralement sous la neige, au départ du refuge en suivant les traces à demi effacées faites  la veille par nos deux aventuriers. On chemine un grand moment en forêt puis dans de larges clairières, creusant des sillons de  près de 35 cm dans la poudreuse humide. Un raquettiste et son chien nous suivent ou nous précèdent  au hasard de nos pauses. Le sommet, matérialisé par le GPS est peu visible, noyé dans le brouillard et la bourrasque. Le tapis de neige profonde et lourde n’autorise pas beaucoup de fioritures pour la descente, et c’est bien trempés que nous regagnons le refuge Mélèzé. Un copieux plat de gnocchis nous réconcilie avec la vie avant de reprendre la route de Grenoble.

Au final une semaine bien occupée, (nous sommes sortis tous les jours) des montagnes magnifiques, des refuges confortables et gastronomiques, de la bière de qualité, des équipiers motivés et une ambiance transgénérationnelle sympathique.

JPP

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